Masaï Ujiri: « Nice guy » personnalité préférée des Torontois

Il y a quelques mois de cela, le Toronto Life dressait un classement des 50 personnes les plus influentes de la ville de Toronto. L’importance de Masaï Ujiri dans le développement de la franchise et donc sur la ville depuis plusieurs années y est décrit avec brio. Alors que les Knicks cherchent encore et toujours à le ramener dans la ville qui ne dort jamais, voici une petite traduction à quelques heures de la trade deadline.

Le président des Raptors, véritable moteur de la franchise a fait plus que remporter un trophée NBA. Il nous a permis de voir Toronto telle qu’elle est réellement : une ville de gagnants.

Visiblement, Masai Ujiri aime se faire du mal. Pour le moment, on ne sait pas vraiment pourquoi. Nous sommes au Studio K-O, une salle de sport sur King Street à l’ouest de Bathurst. Il y a à peine 20 minutes, il atterrissait à bord d’un avion retardé au départ de Chicago, et il quittait l’aéroport dans un Chevrolet Suburban noir. Dans le vestiaire, il a enfilé un short et fermé un sweat à capuche camouflage. Maintenant, il a ses mains dans des gants de boxe, sa playlist d’Afrobeat Nigerian battant dans la pièce, et il frappe dans les mains de son entraîneur qui tourne autour de lui en dictant des combinaisons de coups. Il répète les séquences 15 ou 20 fois pendant 30 minutes, donnant tout ce qu’il a tout en ajoutant des mouvements de pieds dans une simulation de combat, toujours sous les consignes de sa coach. En plein milieu de son entraînement, il accroche un sac de frappe, comme un homme s’accroche à la vie.

Nous connaissons tous la valeur du travail acharné. Mais ce que fait cet homme de 49 ans est différent. « J’ai un peu de mal » avoue-t-il. Peu importe. Tout d’abord, après un été bien mouvementé, il s’agit là de son premier entraînement depuis des mois. Mais en plus de ça, son dernier véritable repas remonte à il y a cinq jours. Un jeun temporaire, rien de plus que du thé sur 24 heures, est quelque chose qu’il a l’habitude de faire de temps en temps. « Comme les Musulmans » dit-il (Ujiri est chrétien). Parfois, il réalise même un régime plus intense encore. Pendant des jours, il ne se nourrit que de jus de citron, de cidre, de vinaigre, poivre de cayenne, sirop d’érable et autres nutriments, tous concoctés par l’un des nutritionnistes des Raptors. « J’ai hâte de manger de nouveau ce soir » (Probablement du tilapia grillé par sa femme, Ramatu ; comme souvent).

Pourquoi fait-il cela ? Pour ses joueurs. « Je leur dit que c’est ma façon d’être connecté à l’équipe ». Une saison NBA, avec ces implacables enchaînements de matchs, d’entraînements et de déplacements, est un véritable supplice pour les joueurs. « Quand je fais cela » dit-il « j’essaye de voir comment ils réagissent quand ils sont fatigués ». Durant les playoffs, quand la pression et la fatigue sont à leur paroxysme pour les joueurs, Ujiri augmente la durée de ses entraînements.

Je suis avec vous qu’il leur disait. Je sais ce que vous traversez. Il gagnait aussi en perspicacité pour prendre de meilleures décisions à propos de son roster. Maintenant, alors qu’il grimace dans une série de crunch et lançant des coups en position de sit-up, il essaye d’aider les Raptors à gagner.

Réfléchissons à l’été extraordinaire qui a tenu Ujiri loin de ses entraînements de boxe. Une nuit de la mi-juin, à Oakland en Californie, il a atteint l’apogée de sa carrière lorsque l’équipe qu’il dirige depuis maintenant six ans a remporté le titre. Cette nuit-là, toute son équipe a célébré jusqu’au matin dans un restaurant de San Francisco, l’Epic Steak. Il a ensuite voyagé à travers huit pays africains pour supporter deux bonnes causes : sa propre fondation, Giants of Africa, qui développe des camps de basketball pour des jeunes en difficulté mais pleins d’avenir, et le programme NBA global outreach, Basketball Without Borders, dont il est le directeur. Il s’est brièvement arrêté au Rwanda pour y voir son ami, le président Paul Kagame. (Il refuse de dire combien d’actuels où d’anciens chef d’Etat avec lesquels il est en contact, mais il y en a au moins trois : Kagame ; « my guy, Kenyatta, » the president of Kenya, et Barack Obama.) Il est ensuite parti au Nigeria avec Ramatu pour y voir ses parents et ses amis, avec la réplique du trophée Larry O’Brien, fabriquée par Tiffany, que son équipe possède désormais.

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En 2003, Ujiri créait Giants of Africa, un programme de camps de basketball dans plusieurs pays d’Afrique. Photo par Charlie Lindsay.

En marge de ce succès, Ujiri a été courtisé par les propriétaires des Washington Wizards, qui lui ont bien fait comprendre qu’ils lui donneraient tout ce qu’il voulait, y compris des parts des Washington Capitals, franchise NFL qui appartient aux Wizards, si seulement il quittait Toronto. Il a résisté à l’appel notamment parce qu’il se sent bien dans la ville qu’il considère comme chez lui, et Washington ne lui offrait rien de plus que ce qu’il pouvait déjà obtenir ici. Mais il est toujours bon de se sentir apprécié et reconnu, surtout quand on sait que durant cet été mouvementé, Ujiri a aussi dû faire face à un flou juridique.

Le 13 juin, quelques secondes seulement après que les arbitres aient mis fin au game 6 à Oakland et que Kawhi Leonard est levé les bras en signe de victoire, Ujiri s’est heurté à un sheriff faisant du zèle alors qu’il essayait de rentrer sur le parquet pour célébrer avec ses joueurs. Il aura fallu 4 mois d’investigations, d’observation des images par la police et par le bureau du conté pour que finalement il soit décidé de ne placer aucune charge.

Une chose est sûre : tous ceux qui ont vu la scène à la télévision ont vu que Masaï Ujiri était réellement choqué. Alors qu’il aurait dû être plein de joie, il semblait tourmenté. Depuis son siège dans la salle, Ramatu pouvait dire que quelque chose n’allait pas. « Vous auriez dû voir son visage » dit-elle « le visage de mon mari n’est pas comme ça ». Sa famille, regardant la scène à la télévision, ont commencé à lui demander : « Masaï va bien ? ».

Deux semaines après cet incident, durant une conférence de presse, Ujiri insistait sur le respect que l’on doit aux autorités. « Je sais parfaitement qui je suis en tant que personne ».

Tout d’abord, c’est un vainqueur. Arrivé à Toronto au printemps 2013, il a repris en main une équipe que toute la ligue ne respectait pas et a immédiatement mentionné le fait qu’un jour, cette équipe remporterait un titre. Puis il l’a fait. Durant tout ce temps, il a influé à toute la ville un sentiment de fierté. Nous avions connu la victoire avant cela, mais quand les Blue Jays (baseball) ont gagné, nous étions en été. La ville était joyeuse et les Américains ne nous voyaient pas à notre moment le plus dur. Les Raptors ont joué quand le vent hurlait et que nos rues étaient envahies par la neige, et ils ont fièrement dit aux américains de faire avec. Avec « We the North », cette équipe a fait de l’hiver et du froid, notre cliché, une force.

C’était la marque d’Ujiri. Quand il est arrivé, il a immédiatement dit ce qu’il voulait comme image. « Je voulais qu’il montre notre fierté d’être nous-mêmes » dit-il « La fierté de Toronto et du Canada. Nous n’avons pas peur du froid et nous allons gagner ici ». We the North a été développé par l’agence Sid Lee de Montréal. Il avait été refusé par l’équipe de football de la ville, l’Impact, quand Ujiri l’a pris pour Toronto. « Je l’ai vu, et ça m’a donné la chair de poule ». Nous aussi.

Ujiri est aussi un bâtisseur. Depuis 2016, les Raptors évoluent dans un centre d’entraînement estimé à 37 millions de dollars désormais appelé OVO Athletic Centre -depuis que Drake à acheter les droits de naming- qui se situe à côté du Medieval Times (un restaurant spectacle médiéval) sur Exhibition Place. A l’intérieur, un gigantesque terrain d’entraînement. Les bureaux qui le surplombent ressemble à des propriétés de front de mer avec vue sur le terrain allant du plus élevé des exécutifs d’un côté à ceux des coachs de l’autre. Des scanners d’empreintes contrôlent tous les accès, tandis que des capteurs automatisés dans les murs autour du terrain permettent d’analyser le moindre shoot. Ce centre existe parce qu’Ujiri a dit au Maple Leafs Sports and Entertainement que l’équipe en avait besoin. Voilà qui est fait.

A quelques mètres du centre d’opération des Raptors, où les trades et les réflexions autour de la draft sont assistés par une vingtaine d’ordinateurs, se trouve le grand bureau en cuir marron et crème d’Ujiri. Des photos de Barack Obama et de Nelson Mandela accompagnent des clichés de sa femme et de leurs deux enfants, Zahara, six ans et Masaï Jr, trois ans et surnommé « Ding Ding », sont bien visibles. Ujiri ne semble pas passer beaucoup de temps ici. Il effectue la plus grande part de son travail dans sa voiture sur le trajet de sa maison de North York qu’il a acheté tout de suite après avoir été nommé président. À l’OVO Centre, il préfère circuler dans les couloirs, parler avec les joueurs et les coachs, ou aller et venir entre les bureaux de son équipe du front-office. Ces membres travaillants tous comme un seul homme autour du roster et des ajustements à mener.

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Ujiri a rencontré sa femme, Ramatu, durant son premier passage chez les Raptors en 2008. Ils ont aujourd’hui deux enfants: Zahara, 6 ans, et Masaï Junior, 3ans, surnommé Ding-Ding. Photo via FaceBook.

C’est un homme avec des convictions. En plus du jeûne, Ujiri prie souvent. « Je prie Dieu de nous protéger » dit-il. Il considère pourtant ces deux actions pour leur côté spirituel plus que religieux. Le travail compte beaucoup pour lui. Il repère rapidement ceux qui donneront plus d’eux-mêmes. « Il analyse très vite les personnes » raconte Stan Jones, coach associé à l’université de Florida State, qui est ami avec Ujiri depuis près de 17 ans. « Il repère la personnalité des gens, et vous permet par son implication personnelle de réaliser à quel point il est vrai ».

Ses joueurs le ressentent aussi. « Il valorise les petites choses qui font une personnalité, plus que le simple niveau de jeu » raconte Fred VanVleet, le meneur qui monte chez les Raptors. Il y a quelques années, durant la Summer League NBA, VanVleet était un jeune non-drafté qui tentait d’accéder au roster des Raptors et jouait temporairement sous leurs couleurs. Ujiri regardait. Après la rencontre, il a pris VanVleet à part. « Il m’a dit : aie confiance, ne sois pas timide sur le terrain. » Il lui a donné des consignes pour s’améliorer. « C’était surprenant qu’un président d’une franchise me dise ça. Ça m’a touché ».

Pour Ujiri, la réponse d’un joueur à ce genre de choses montre à quel point il fait partie des Raptors. L’équipe qui a remporté le titre est le reflet de cette priorité donné au caractère. C’est la première équipe de l’histoire de la NBA à gagner sans aucun joueur sélectionné au-dessus du 14ème pick de draft dans le roster. C’était un groupe de joueur qui, au départ, ne semblaient pas avoir un talent énorme. Ce qu’ils avaient étaient le résultat d’une profonde détermination et d’une grande abnégation. C’était une équipe de Masaï Ujiris.

A Zaria, la ville du nord du Nigeria où Ujiri a grandi, ses coéquipiers l’appelaient « Squelette » ou « Moustique » à cause de ses très fines jambes. Il avait aussi un autre surnom que lui réservait un ami nommé Gideon : « Le Bon Garçon ». Un nom étrange qui l’a suivi en grandissant alors qu’il excellait en sports, notamment parce que Gideon le lui répétait souvent et qu’il semblait touché en lui quelque chose de bien plus profond que ses seules capacités balle en main.

Le meilleur ami d’Ujiri, Dennis Ogbe, a contracté la polio. Sa jambe droite a été affaiblie et la gauche paralysée. Quand il a rencontré Ujiri, alors qu’ils n’avaient que huit ou neuf ans, il vivait avec une attelle à la jambe, un fauteuil roulant et des béquilles, et il s’en trouvait intimidé. « Rencontré Masaï a été déterminant » dit-il. « Il a une telle compassion et veux toujours considérer tout le monde équitablement ». Ogbe ne pouvait pas courir, alors durant les parties de football, Ujiri le désignait gardien de but. N’importe qui apportait le ballon définissait les règles, et ils jouaient souvent avec celui d’Ujiri. Sa famille était l’une des plus influente de la région. Sa mère, Paula, une Kenyane, était médecin et son père, Michael, un Nigerian, était directeur d’un hôpital. Ils sont arrivés en provenance de Bournemouth en Angleterre alors qu’Ujiri n’avait que neuf mois. Les deux garçons se rencontrèrent quand la famille Ujiri arriva a Samaru, un village à l’ouest de Zaria, où Ujiri allait à l’école. Ils sont tout de suite devenus amis. Ils faisaient voler des cerfs-volants, recueillaient des pigeons. Pour se rendre à leur club de théâtre, qui était à plusieurs kilomètres, ils partageaient souvent le vélo d’Ujiri grâce à un système où Ogbe pédalait avec sa jambe droite, et Ujiri avec sa jambe gauche. Plus tard, Ogbe apprit à conduire à Ujiri.

Petit, Ujiri a été initié au basketball par Oliver B. Johnson, connu comme « Coach OBJ ». Après avoir servi dans la Peace Corps, il s’est installé au Nigeria, a installé des paniers de basketball et a commencé à entraîner les enfants qui passaient. L’un deux, au début des années 80, était Masaï Ujiri. C’est là, selon le coach, que le garçon a commencé à « suivre ses rêves ». Ujiri rêvait de jouer en NBA, et il regardait des images sur VHS pour apprendre des mouvements. Son ambition l’emmena à Seattle puis dans le Dakota du Nord pour ses études. Mais la NBA était un trop gros objectif. « Je n’étais pas assez bon » dit-il. Il était inconstant, efficace en défense, mais il manquait d’impact offensif, et il manquait de taille. Ainsi, il joua au niveau professionnel en Europe pendant 6 ans.

Travaillant sur son futur, il appela David Thorpe, un coach et analyste ESPN qu’il avait rencontré quelques années plus tôt. Il lui dit qu’il voulait œuvrer dans le business autour du basketball. Il connaissait beaucoup de joueurs africains et cela pouvait être utile pour le recrutement. Est-ce que Thorpe avait un conseil ? « Tout d’abord tu dois rencontrer des gens » lui dit-il. Le Final Four des Collèges était programmé pour le mois suivant à Atlanta. Thorpe dit à Ujiri de s’y rendre et de le retrouver là-bas, il le présenterait aux personnes influentes.

Il y a eu un engouement miraculeux autour d’Ujiri ce week-end là en 2002. Il n’avait pas de téléphone, donc il a emprunté celui de Thorpe. Peu de temps après, Thorpe recevait de nombreux appels de grands coachs qu’il ne connaissait même pas. Tous voulaient parler à Masaï Ujiri ! « Il avait clairement charmé beaucoup de monde, et avec tous les bons joueurs qu’il connaissait, il avait quelque chose à revendre. » Ce week-end là, Ujiri entra en contact avec 20 coaches qui étaient intéressés par les joueurs qu’il connaissait.

Il travailla avec Thorpe sur un document appelé la Masai’s Sphere of Influence, répertoriant tous les pays où Ujiri avait joué, ou alors où il connaissait du monde. Il se servit de ce document, et de son talent, pour décrocher un poste volontaire de scouting international avec le Magic d’Orlando. La franchise lui permettait d’accéder à plein de salles à travers le monde, mais ne lui promettait rien de plus. Ujiri accepta.

Pendant des mois, Ujiri voyagea à travers l’Europe, à ses frais, empreuntant de l’argent à sa mère et à Ogbe pour survivre. Il dormait sur les canapés de ses amis. Utilisait les Delta Buddy Passes pour avoir des vols moins chers. A la fin de l’année, profondément endetté, il envoya au Magic un preuve de ses dépenses, et reçu un cheque de 3000$. Un rien de ce qu’il avait dépensé. « Cela m’a brisé le cœur quand je l’ai reçu. » Cette période lui a beaucoup couté financièrement, mais il avait énormément gagné en connaissances et astuces, rencontrant des gens influent partout où il allait. A tel point qu’avant un match NBA dans le New Jersey, il vit Adam Silver, alors président de NBA Entertainement. Il marcha jusqu’à lui et partagea avec lui ses réflexions sur la ligue. Quand Ujiri s’en alla, Silver demanda à un collègue : « Je le connais ? Qui est-ce ? » Aujourd’hui, Silver, commisionaire de la NBA, est un des plus proches amis d’Ujiri. Parler avec lui eu un effet « presque appaisant » dit-il.

A peine un an plus tard, Ujiri décrochait un poste scout pour les Denver Nuggets. Payé et à plein-temps. Il acheta une maison à Phoenix pour être proche de ses amis, et se fit vite connaître comme l’homme qui allait partout, était présent à chaque évènement et avait un œil sûr en ce qui concerne les jeunes talents. A la même époque, il développa ses camps de basketball Giants of Africa au Nigeria, initialement pour repérer les jeunes joueurs pouvant un jour prétendre à la NBA.

Quatre ans plus tard, lors d’un évènement pre-draft à Orlando, quelqu’un lui tapa sur l’épaule. Il se retourna pour découvrir Bryan Colangelo, président et GM des Raptors, qui voulait savoir si Ujiri pouvait être intéressé pour travailler à Toronto. Colangelo, qui venait d’être nommé Executive of the Year, était une sommité du basket à cette époque. « Je me disais : mon dieu, c’est Bryan Colangelo qui me parle ! » raconte Ujiri. Il accepta un poste de directeur du scouting à Toronto, et pour la première fois de sa vie, il travaillait toute la journée en costume dans un bureau. « J’étais comme une éponge » dit-il « J’ai dû apprendre les règles du salary cap, le côté business du basket, les lois des trades, comment parler au téléphone avec les autres franchises. J’ai tout appris de Bryan Colangelo. » En 2008, il fut nommé assistant GM.

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Ujiri est un bon ami de Barack Obama, et a accueilli l’ancien président américain lors du Game 2 des Finals. Photo par Getty Images.

Ujiri quitta donc Phoenix et dû construire une nouvelle vie à Toronto. C’est durant ce premier passage chez les Raptors qu’il rencontra Ramatu Barry à Washington, où elle vendait des vêtements de sport chez Saks Fifth Avenue. Ils commencèrent à se fréquenter et elle pu voir à quel point il travaillait tard. Une nuit, elle lui demanda pourquoi il ne venait pas se coucher. « Bryan à une grosse réunion demain matin, je dois lui fournir ce dossier. » Elle répondit « Tu travailles si dur, pourquoi ne pourrait tu pas être GM ? » Il rit et répondit « Ce n’est pas aussi facile ». Ramatu lui dit qu’il devait y croire. En 2010, Ujiri devint le GM des Denver Nuggets.

Il arriva dans un contexte difficile. Le meilleur joueur de l’équipe, Carmelo Anthony, voulait partir. Ujiri n’avait jamais réalisé de trade et pour son premier, il devait transférer la star de la franchise. Ujiri réalisa le trade, et reçu en échange un lot de joueurs des New-York Knicks qu’un journaliste de CBS qualifia d’« extraordinaire » et de « formidable ». Durant la saison 2012-13, les Nuggets remportèrent 57 victoires et Ujiri fut nommé Executive of the Year. C’est à cette époque que Tim Leiweke, alors président de MLSE, l’appela.

Après avoir réussi une belle carrière dans l’exécutif à Los Angeles, Leiweke venait d’arriver dans une ambiance morose et médiocre à MLSE. Les Raptors de Colangelo venaient de manquer les playoffs cinq ans d’affilée et semblaient accepter ce statut de perdants tout comme les Leafs (franchise de hockey de Toronto). Leiweke vu en Ujiri un agent du changement. « Il avait cette même énergie et cette même détermination que j’avais » raconte-t-il. « Ce désir de réussir quel que soit l’endroit. » Leiweke dit à Ujiri ce qu’il attendait de lui : « Changer la culture de la franchise, remporter un titre. » Il lui proposa même de supprimer tout le front office déjà existant avant qu’Ujiri ne vienne. Avec le souvenir de son premier passage à Toronto encore frais, Ujiri lui donna une liste des personnes dont il ne voulait pas, certains d’entres eux étaient là depuis des années. « J’ai renvoyé 14 personnes en une journée » raconte Leiweke « C’est l’un des jours les plus durs que j’ai vécu ».

Ujiri engagea Jeff Weltman, son ancien boss à Denver, en tant que vice-président des opérations basket. Il ajouta Bobby Webster et Teresa Resch, qui avaient tous deux de l’expérience dans la ligue, et Dan Tolzman, qui montait dans l’échelle du scouting des Nuggets. « Je savaient que je pouvais compter sur eux ». Le dernier morceau restant du précédent front office était Colangelo lui-même. Leiweke lui avait donné un poste honorifique de président des choses qui n’avaient rien à voir avec le basketball. Ujiri savait que ce n’était pas facile à accepter pour son ancien boss. « Vous ressentez les émotions de cette personne perdant son job, et vous avez de la peine pour lui. » Mais visiblement, Colangleo n’avait pas d’états d’âme. « Il voulait que je prenne ce poste » raconte Ujiri. Trois semaines plus tard, Colangelo démissionna et laissa Ujiri totalement libre.

Ujiri est un curieux mélange entre confiance en soi et vulnérabilité. Il semble perturbé par de nombreuses questions et parfois un peu de négativité, mais il a le sourire facile et quoi qu’il dise, il sera sincère comme si cela venait de son fort intérieur. C’est peut-être ça qui fait sa faculté à diriger. Quand ceux qui le connaissent essaye de décrire ce qui fait son leadership, tous tournent autour d’un même mot.

« La confiance est très importante pour lui. » Fred VanVleet

« Il y a une grande confiance entre nous. » Adam Silver

« Il nous fait confiance pour lui rapporter des choses que nous savons utiles pour lui. » Bobby Webster

Pour Ujiri, les clés pour être un leader efficace sont simples : Engager des gens intelligents et efficaces, les laisser faire leur travail, et les responsabiliser. Il considère les capacités des autres plus que les siennes, et plus il parle de son équipe, plus il est élogieux. « Je crois en eux, et ils me rendent meilleur » dit-il « Je remercie Dieu d’avoir fait que je leur donne cette opportunité. Parce qu’ils le méritent tous. »

Son affection pour son front-office est évidente. Il dit de Resch : « C’est mon boss. » Quand il aperçoit Tolzman marcher dans le couloir, il crie « DT ! » et lève son poing pour lui faire signe. L’amitié est un boost d’énergie pour Ujiri. Cela fait ressortir son espièglerie. Quand il apprend que son grand ami Weltman, aujourd’hui président du Orlando Magic, n’a pas voulu participer à l’interview, Ujiri répond de manière insolente : « Qu’il aille se faire **** ! Notez-le ! Non, je déconne ! C’est pour ça qu’on leur a botter le cul en playoffs. Je déconne ! Ne notez pas ça ! » Il rigole tout le temps, c’est sa signature.

Les cinq premières années de l’ère Ujiri furent un vertigineux mélange entre grands espoirs et cruelles déceptions. Il réussit à éradiquer le défaitisme de l’équipe, mais pas ses défaites. En 2018, après que les Cavaliers de LeBron James les aient sweepés des playoffs pour la deuxième année consécutive, le principe d’Ujiri de « responsabiliser » ses hommes lui fit comprendre que le coach Dwane Casey devait partir. En mai, Ujiri et Webster se rendirent dans le bureau de Casey. « Ce fut la plus dure épreuve que j’ai traversée » raconte Ujiri qui considérait Casey comme une figure paternelle.

Quatre jours plus tard, à l’Hotel X, l’équipe s’est entretenu avec le premier candidat à la succession de Casey : Nick Nurse, alors assistant coach. Les exécutifs étaient déterminés. « Ça a été très brut. » raconte Nurse. Après environ quatre heures, ils l’ont interrogé avec une série de questions de créativité. A un moment donné, ils lui ont demandé de résumé sa vie en 45 secondes, puis lui ont demandé s’il avait de l’humour, et de leur raconter une blague. Nurse était tellement impressionné par leur complémentarité, qu’il s’est dit que l’équipe d’Ujiri avait dû travailler des heures entières pour préparer cet entretien ou alors, qu’il y avait une rare alchimie entre eux. Que ce soit l’une ou l’autre explication, vous pouvez remercier le boss pour ça.

Nurse était impressionnant lui aussi. « Je crois qu’il a dû mentionner les mots gagner et champions plus que tous les autres que nous avons rencontrés » raconte Tolzman. Avant de devenir assistant coach aux Raptors en 2013, Nick Nurse a passé onze ans en tant que coach dans la ligue britannique de basketball et quelques-unes de plus dans la ligue de développement de la NBA, remportant le titre de coach of the year partout où il est passé. Il promit d’apporter une nouvelle vision de la responsabilisation des joueurs. Son équipe analysera chaque action de chaque joueur sur le terrain et rendrai compte rapidement pour apporter une amélioration dès le lendemain. Il fut nommé head coach en juin.

Une fois Nurse intronisé, l’attention s’est portée sur le roster. Il était évident qu’un électrochoc était nécessaire, et l’équipe d’Ujiri vut en Kawhi Leonard l’homme idéal pour apporter ce mélange de talent, de leadership, de professionalisme et de courage. Pour l’obtenir, ils allaient devoir se séparer de leur meilleur joueur, DeMar DeRozan.

La perte de DeMar DeRozan, qui était extrêmement populaire, en échange de Kawhi Leonard, qui venait de passer une très grande partie de la saison précédente à l’infirmerie présentait un risque évident. L’échec avait autant de probabilité que le succès. Mais Ujiri n’en a pas tenu compte. « Je ne m’occupe pas de ça » dit-il « Je pense que quand vous êtes bien, très bien préparé, ça va fonctionner. »

Une partie de cette préparation impliquait d’informer le directoire d’MLSE de leurs intentions. La NBA fonctionne avec un système très complexe de limitation des salaires. Pour la saison 2018-2019, les salaires d’une équipe ne pouvaient pas dépasser 102 millions de dollars US. Une équipe peut dépenser plus en usant les différentes exceptions existantes, mais si elle dépasse la limite de 124 millions de dollars, elle doit payer une « luxury-tax ». La banque des Raptors était déjà tellement haute, que l’acquisition de Leonard impliquerait de payer cette « luxury-tax » pour la première fois. Avec cette nouvelle dépense de 25 millions, l’adition montait à plus de 160 millions de dollars.

Le président de la fondation, Larry Tenenbaum, reconnaît avoir été inquiet à l’idée de trader DeRozan contre une seule année d’un joueur blessé. Mais Webster et Ujiri ont su défendre leur projet « d’une manière intelligente » dit-il. Ils s’étaient préparés durant des heures. Utilisant des tableaux et un vocabulaire très précis, ils ont su exposer les impacts financiers sur le roster de cette potentielle acquisition. Le directoire d’MLSE avait beaucoup de questions, et l’échange qui suivit fut bien plus long que la présentation elle-même. Mais les actionnaires ont fait confiance à Masaï Ujiri. « Sa vision est celle d’un champion » dit Tanenbaum.

Le jour du trade, Ujiri et Ramatu étaient au Kenya avec Obama pour assister à l’inauguration d’un centre pour jeune fondé par la demi-sœur d’Obama, Auma. Ujiri était au téléphone avec Webster jusque tard dans la nuit, finalisant les derniers détails, au moment où Ramatu lui annonça qu’elle allait se coucher. Elle se souvient que son mari lui a dit : « J’ai bientôt terminé. Je vais devoir appeler DeMar ». Il était 5 ou 6 heures du matin au Kenya quand le deal fut acté.

La série de 24 matchs de playoffs qui suivit fut source de nombreux moments forts, mais il y en a un en particulier qui prouve que cette équipe était différente des années précédentes, qu’elle pouvait se libérer de ses démons. Le buzzer beater rebondissant de Kawhi Leonard lors du Game 7 contre les Philadelphia 76ers. Mais tout ce qui s’est passé avant cela présentait de nombreux crashs potentiels, ce qu’Ujiri préférait ne pas voir.

Il a pour habitude de toujours regarder les matchs depuis différents points de vue. Il n’est jamais assis dans les tribunes et il est rarement dans une loge. Il a même arrêté de regarder depuis le tunnel menant aux vestiaires parce que des fans se concentraient plus sur sa présence que sur le match. A Toronto, il regarde le match depuis une salle vidéo proche de la salle, avant de prendre l’ascenseur pour regarder la seconde période depuis son bureau. A l’extérieur, il regarde souvent le match sur son téléphone dans le parking de la salle.

Alors que la fin du match approchait face aux Sixers, Ujiri regardait la rencontre à la télévision dans son bureau. A seulement 12 secondes de la fin, et son équipe menant 89-86, il se dirigea vers l’ascenseur. Il voulait descendre sur le parquet pour célébrer avec ses joueurs cette victoire qui propulserait les Raptors en finale de conférence Est. Durant la descente des 15 étages, il perdit son réseau internet l’espace de quelques secondes. Une fois en bas, il marcha dans le couloir qui longeait la salle de conférence de presse. Là, il put voir deux journalistes regardant le match sur un écran. L’un d’eux dit alors quelque chose et, ne pouvant l’entendre, Ujiri lu sur ses lèvres : « Je ne peux pas croire que ça nous arrive encore ».

« Je l’ai lu ! » s’exclame Ujiri. « Je l’ai lu sur ses lèvres ! » tout en mimant cet homme qui se cachait les yeux avec ses mains. Il courut alors jusqu’à la salle vidéo de l’équipe où Tolzman regardait depuis le canapé. « Mais qu’est ce qui vient de se passer p***** !? » Voilà ce qui s’était passé : Deux lancers francs de Joel Embiid, un converti et un loupé par Leonard et un layup de Jimmy Butler. Egalité.

Long temps-mort sur le parquet. Il restait 4 secondes sur l’horloge. Ujiri s’est assit à côté de Tolzman et a attendu. Le jeu repris, Leonard reçut le ballon, courut dans le corner droit, et shoota juste avant le buzzer.

Ujiri regarda alors le ballon s’élever et redescendre. Il le vit heurter l’arceau cru le shoot raté. « Je me souviens m’être levé en disant : Ok, prolongations. Je partais vers la sortie et il y eut le second rebond. Je n’en pouvais plus. Puis un troisième. J’étais scotché. Tolzman aussi s’était levé. Et le ballon est rentré p*****. » Un grand sourire illumine le visage d’Ujiri. « Mon Dieu. »

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Quand Ujiri a pris les rennes des Raptors, il a tout de suite parlé de remporter un titre. Six ans plus tard, il l’a fait. Photo par Getty Images.

Durant cette année de triomphe, la famille d’Ujiri et celle de Leonard devinrent proches. D’après Ramatu, la fille de Leonard, Kaliyah, s’entendait si bien avec Masaï Jr. qu’elle ne faisait que répéter son surnom à la maison. Apparemment, un jour Leonard demanda : « Mais qui est Ding Ding ? Ma fille n’arrête pas de dire Ding Ding ! »

Ramatu se seouvient également qu’à la fin de la saison, alors qu’Ujiri tentait par tous les moyens de convaincre Leonard de rester avec les Raptors, il blaguait avec lui « Que tu restes ou que tu partes, mon fils épousera ta fille, ils s’adorent. »

Sur le canapé de son bureau, regardant le staff travaillant sur la nouvelle saison, Ujiri ne semble pas s’attarder sur les échecs de l’été. Il a vraiment travaillé dur pour tenter de convaincre Leonard de rester, mais il a refusé d’en faire trop. « Nous voulions rester qui nous sommes » dit-il « et Kawhi aimait ça. Il voulait juste rentrer chez lui. »

Maintenant que Leonard a signé avec les Clippers, et que Danny Green est parti aux Lakers, les Raptors sont comme un gigantesque navire sans voiles. Ils vont faire avec et espérer que les vents soient favorables. Le roster va pratiquer un jeu défensif de niveau élite, et il y a toujours du talent. Le jeune ailier fort Pascal Siakam semble promis à un bel avenir, et le front office a ajouté de gros potentiels parmi les nouveaux venus dans la ligue comme Matt Thomas et Terence Davis.

Peut être que cela suffira, peut être que non. Ujiri insiste. Il ne s’en soucie pas. Au-delà de ça, il est très enthousiaste. « Nous avons de très jeunes joueurs, des vétérans qui peuvent apporter une mentalité de gagnants. Notre coaching staff est aussi très important, tout comme le front office. Nous avons pleins d’idées et nous allons tenter des choses, nous sommes très excités par ça. »

Il a une telle façon de décrire la situation qu’il est très compliqué de ne pas croire au futur que voit Ujiri. Et il est impossible de ne pas vouloir en faire partie.

Notez que si Masaï Ujiri arrive en tête de ce classement, on y retrouve également Kyle Lowry à la 6ème place et Nick Nurse 16ème. Venez me dire que le Canada n’est pas un pays de basketball maintenant !

Portrait par Markian Lozowchuk.

Texte original par Trevor Cole.

Rédigé par @auriverde777

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