Mike Laviolle, livreur le jour, journaliste NBA la nuit.

Loin des projecteurs, certains journalistes diplômés peinent à trouver un emploi stable et rémunéré. Et cela touche même ceux qui sont dans les coulisses de la très lucrative NBA (National Basketball Association). Entretien avec Mike Laviolle.

Mike Laviolle (à droite) lors de la soirée des journalistes pour l’ouverture des finales NBA à Toronto en 2019.

Interviewer les plus grands basketteurs de la planète et travailler bénévolement, c’est possible. Cette réalité, Mike Laviolle y est confronté. A 34 ans, le journaliste français a baroudé avant de s’installer outre-Atlantique. Après avoir validé une licence d’information et communication, il obtient en 2012-2013 son master en journalisme sportif à l’ESJ de Paris. « J’ai toujours voulu être journaliste sportif. Petit, je regardais le sport et je voulais être commentateur. » Dès sa licence et pendant six ans, le Lyonnais est correspondant local pour Le Dauphiné Libéré. « J’ai vécu de très bons moments là-bas. Je suivais une équipe de basket, le SOPCC. J’avais une relation amicale avec les joueurs et le staff. J’ai pu faire de beaux déplacements dans toute la région avec eux jusqu’à Monaco. » Puis, il rejoint en stage le site internet Basket Session. De ce stage, Mike garde quelques remords : « J’ai travaillé à fond et beaucoup écrit pour eux. On m’a promis de revenir vers moi pour des piges mais je n’ai jamais eu de nouvelles. » Une expérience qui se réitère lorsque Le Dauphiné Libéré lui propose un poste de secrétaire de rédaction durant deux mois. « J’avais espoir de continuer dans cette voie. Mais je n’ai pas été recontacté. Sur ces deux expériences, j’ai été écarté sans savoir pourquoi. » Mike écrit également des piges pour des journaux locaux le week-end. Dans le même temps, il anticipe son départ pour Toronto et suit la franchise NBA des Raptors en tant que rédacteur pour Inside Basket.

Les différentes accréditations de Mike Laviolle.

Quelques mois après son emménagement, il se retrouve donc dans leurs vestiaires. Un poste de bénévole mais qui lui permet de posséder une accréditation internationale. « Grâce à ça, je pouvais aller dans n’importe quelle salle de NBA. J’ai pu assister au retour de Lebron James à Cleveland ou voir le dernier match de D. Wade à Brooklyn ! En tant qu’ancien fan du Heat, je ne pouvais pas manquer ça ! ». Mike ne cachera pas non plus son amour pour les Spurs et avouera sans peine : « Je suis devenu fan des Raps en les suivant. » Heureux hasard, le néo-correspondant torontois débute lors de la saison 2018-2019. Soit la saison de l’unique titre de l’histoire de la franchise. Patrick Bizindavyi, journaliste sportif de CHOQ FM lui conseille alors de se diriger vers l’hebdomadaire L’Express, premier journal francophone de la région. « Je cumulais alors deux postes mais les deux en bénévole. » A la suite d’un imbroglio avec le service de communication des Raptors, Mike est contraint de quitter son emploi à Inside Basket. « Au Canada, il n’y a pas de carte de presse. Lorsqu’on est accrédité, nous le sommes au nom de notre média. Et le service de communication n’a pas accepté que je sois là pour deux entités différentes. J’ai pu terminer la saison en l’état, mais j’ai dû faire un choix à l’intersaison. » Alors que le site internet ne lui permettait pas de percevoir un salaire, l’hebdomadaire torontois a fait miroiter une possible rémunération grâce à des sponsors. Un an et demi plus tard, le journaliste n’y croit plus. « Le journal a connu d’importantes pertes financières avec la pandémie. On a dû passer en ligne et arrêter le tirage papier. » Malgré tout, Mike assure que cela lui convient. « J’ai la chance d’avoir une accréditation à l’année pour les matchs des Raptors ainsi que pour les conférences de presse. Je ne me plains pas. »

Photo prise par le journaliste de l’intérieur de la Scotiabank Arena de Toronto.

« Financièrement, je vis de mes livraisons Uber Eats. »

Une question se pose alors : de quoi vit-il ? Mike répond : « Je fais des livraisons pour Uber Eats. J’ai de la chance d’être au Canada. La culture du pourboire fait que je gagne le double sur une livraison par rapport à la France. Durant le confinement, il arrivait que les gens me donnent 15 à 20$ par course en reconnaissance des risques qu’on prend avec le virus. » Ce métier permet également de pouvoir rythmer ses journées en fonction des matchs. « Avant la pandémie, je ne travaillais pas les soirs de match à domicile pour pouvoir me rendre à la salle. Aujourd’hui, je ne peux qu’accéder aux conférences de presse sur Zoom[1]. Je perds plus de temps puisque maintenant je dois attendre les conférences d’après match à l’extérieur également. » Plus que les Raptors, c’est le sport à Toronto que Mike suit. Lors de l’intersaison NBA, il parcourt ainsi le terrain du Centre Roger des Blue Jays (baseball) ou encore celui du BMO Field du Toronto FC (soccer).

Concernant la suite, Mike espère du changement. « J’ai lancé le podcast Dinostalk sur Twitter qui traite de l’actualité des Raptors. Je vais essayer de les faire sponsoriser puisqu’on obtient de bonnes audiences. L’objectif est de diminuer la part de rémunération liée à la livraison et me rémunérer pour mon activité journalistique. J’interviens régulièrement dans Radio Canada et j’aimerais également y occuper une place de journaliste à moyen terme. »

Visuel du podcast Dinostalk lors de l’avant-match face aux Brooklyn Nets.

Que dit-on en fin de podcast Dinostalk ? « Let’s Go Raptors ! »


[1] A cause de la pandémie, les Raptors de Toronto (seule équipe non étasunienne) ont été contraints de déménager à Tampa Bay en Floride, le gouvernement canadien refusant les échanges aériens avec les Etats-Unis. 

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